Mon ami, quels ennuis vous donnent de l'humeur ?
Le vivre vous chagrine et le mourir vous fâche.
Pourtant, vous n'aurez point au monde d'autre tâche
Que d'être objet qui vit, qui jouit et qui meurt.
Mon âme, aimez la vie, auguste, âpre ou facile,
Aimez tout le labeur et tout l'effort humains,
Que la vérité soit, vivace entre vos mains,
Une lampe toujours par vos soins pleine d'huile.
Aimez l'oiseau, la fleur, l'odeur de la forêt,
Le gai bourdonnement de la cité qui chante,
Le plaisir de n'avoir pas de haine méchante,
Pas de malicieux et ténébreux secret,
Aimez la mort aussi, votre bonne patronne,
Par qui votre désir de toutes choses croît,
Et, comme un beau jardin qui s'éveille du froid,
Remonte dans l'azur, reverdit et fleuronne ;
- L'hospitalière mort aux genoux reposants
Dans la douceur desquels notre néant se pâme,
Et qui vous bercera d'un geste, ma chère âme,
Inconcevablement éternel et plaisant...
Anna de Noailles,Recueil Le coeur innombrable,Voix interieure.
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Byron peint par lui-même
Dès ma jeunesse mon esprit ne s'accorda point avec les âmes des hommes, et je ne pouvais regarder la terre avec leurs yeux. L'ambition qui dévorait les autres m'était inconnue; leur but n'était pas le mien... mes plaisirs, mes chagrins, mes passions et mon intelligence me rendaient étranger au milieu du monde. Quoique revêtu de la même forme de chair que les créatures qui m'entouraient, je ne me sentais aucune sympathie pour elles... Une seule... mais j'en parlerai tout à l'heure...
Mes plaisirs étaient d'errer dans la solitude, de respirer l'air des montagnes couvertes de glace, sur la cime desquelles les oiseaux n'osent bâtir leur nid, et dont le granit sans gazon est fui des insectes aux ailes légères. J'aimais à me plonger dans le torrent, ou dans les flots de la mer agitée; j'étais fier d'exercer mes forces naissantes contre ses courants rapides; j'aimais à suivre pendant la nuit la marche silencieuse de la lune et le cours brillant de chaque étoile; je contemplais les éclairs pendant les orages, jusqu'à ce que mes yeux en fussent éblouis; ou j'écoutais la chute des feuilles, lorsque les vents d'automne venaient dépouiller les forêts. Tels étaient mes plaisirs. Tel était mon amour de la solitude, que si les hommes dont je m'affligeais d'être le frère se trouvaient sur mes pas, je me sentais humilié et dégradé; je n'étais plus, comme eux, qu'une créature de boue.
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[...]
"Matt,c'te affaire-là lui plaisait pas du tout,et y voulait qu'Obed y s'tienne à l'écart d'l'île.Mais le cap'taine était âpre au gain,et y voyait bien qu'y pouvait s'procurer ces bijoux en or à si bon marché qu'ça lui rapporterait gros d's'en faire une espécialité.C'trafic-là a continué pendant des années et des années,et quand Obed a eu assez d'cet or,il a r'mis son usine en marche.Il a pas osé vendre les bijoux tels que,sans ça on y aurait posé des tas d'questions gênantes.Malgré tout,y avait des ouvriers qui lui en volaient un d'temps en temps,et y laissait les femmes d'sa famille porter ceux qu'avaient l'air un peu moins bizarre.
"Mais v'là que,vers 38 (j'avais 7 ans à l'époque),Obed a trouvé un beau jour qu'l'île avait été complètement nettoyée.A c'qu'y semb' les aut' natifs y-z-avaient eu vent de c'qu'y s'passait,et y-z-avaient pris les choses en main.Faut croire qu'y d'vaient avoir ces signes magiques des Anciens,qu'les criatures avaient dit qu'c'était la seule chose qu'elles craignaient.Y-z-avaient rien laissé d'bout ni su' la grande île ni su' la plus p'tite,sauf les ruines qu'étaient trop grosses pour qu'y les renversent.A certains endroits,y avait des tas de p'tites pierres,comme qui dirait des amulettes,avec un signe pareil que c'qu'on appelle une svastika au jour d'aujourd'hui:ça d'vait être les signes des Anciens.Bref,y avait plus un seul être vivant,plus trace d'un bijou d'or,et pas un des Canaques du pays qui voulait parler de c'te affaire.Y prétendaient même qu'y avait jamais eu personne su'l'île.
[...]
H.P. Lovecraft,La couleur tombée du ciel,Le cauchemard d'Innsmouth_Extrait,Collection "Présence du futur",Editions Denoël,1954.
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[...]
Cela dit,revenons à la scène épique qui se déroule dans mon burlingue,sous la présidence d'horreur du sieur Béru et de son alter égo sérénissime Pinaud Ier,roi du mégot.
Badin qui,consommateur des vins du Postillon a fait diligence,vient me tuber une liste de renseignements au sujet d'Iachev.
Les mains jointes sur mon buvard je commence.
-Vous vous appelez Serge Iachev,né à Copenhague de parents russes émigrés.Vous êtes venu en France à l'âge de six ans et,à votre majorité,vous avez opté pour la nationalité française.
-Exact,rétorque l'accusé.
Bérurier,qui garde une dent contre lui,et une fameuse,se croit obligé par contrat de pousser un barrissement.Je le foudroie d'un regard meurtrier.
-Vous avez été représentant général d'un laboratoire de produits pharmaceutiques pendant plusieurs années.Puis vous l'avez quitté au retour d'un stage aux Etats-Unis pour le compte de votre maison?
-Toujours exact,affirme Iachev.
-Depuis lors vos moyens d'existence sont très mystérieux.
-Je vis de mes rentes.
-Cela reste à prouver...Venons-en à ce qui nous intéresse.Il y a deux ans,vous êtes entré en contact avec une entraîneuse de boîte de nuit d'origine allemande nommée Gretta Konrad.Cette fille a abandonné son activité dans les trois jours qui ont suivi cette rencontre.Par la suite,elle a été plus ou moins impliquée dans une série d'attentats contre des forces américaines stationnées en Europe...
Comme il n'en moufle pas une,je susurre:
-Exact?
-Exact!répond Iachev en me défiant du regard.
-Au début de la semaine,Gretta Konrad a été prise en filature par nos services.Je l'ai moi-même suivie dans le train Paris-Rennes où vous aviez également pris place après avoir modifié votre aspect physique.D'accord?
-Non!
-Vous niez?
-Je nie.
-Ce qui revient à dire que vous refusez d'en dire plus?
M. de La Palice n'aurait pas résumé plus clairement!
[...]
San-Antonio,Entre la vie et la morgue_Extrait Chapitre XII Ce qui s'appelle prendre langue,Fleuve Noir,1959.
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